Bilan de puissance électrique : méthode, calcul et exemple 2026

Guide technique· Ets Nespadi· 13 min de lecture
Bilan de puissance électrique : méthode, calcul et exemple 2026

Le bilan de puissance est le calcul qui décide de tout : section de l'alimentation générale, calibre du disjoncteur de tête, choix du monophasé ou du triphasé, puissance de l'abonnement. Voici la méthode, avec un exemple chiffré complet.

Sur-dimensionner un abonnement coûte cher au client tous les mois. Le sous-dimensionner déclenche le disjoncteur de tête chaque fois que la cuisinière et deux climatiseurs fonctionnent ensemble. Le bilan de puissance est là pour trancher, calcul à l'appui. La méthode s'appuie sur le guide UTE C 15-105, complément de la NF C 15-100.

1. Étape 1 : lister les puissances installées

On recense tous les récepteurs, circuit par circuit, avec leur puissance nominale. Ordres de grandeur usuels en résidentiel :

RécepteurPuissance indicative
Point lumineux LED10 à 20 W
Circuit de prises (usage général)1 500 à 2 000 W
Climatiseur split 9 000 BTU~900 W
Climatiseur split 12 000 BTU~1 200 W
Climatiseur split 18 000 BTU~1 800 W
Chauffe-eau électrique1 500 à 2 500 W
Cuisinière / four2 500 à 5 000 W
Lave-linge~2 200 W
Pompe de surface750 à 1 500 W
Portail motorisé~300 W

La somme de ces puissances est la puissance installée. Elle n'est jamais la puissance à souscrire : personne ne fait fonctionner tous ses appareils simultanément à pleine charge.

2. Étape 2 : appliquer les coefficients

Deux coefficients transforment la puissance installée en puissance réelle à prévoir.

Le coefficient d'utilisation (Ku) traduit le fait qu'un récepteur fonctionne rarement à sa puissance maximale. Un moteur, une pompe ou un climatiseur régulé n'absorbent pas en permanence leur puissance de plaque. Sur l'éclairage et les prises, on reste proche de 1.

Le coefficient de simultanéité (Ks), ou foisonnement, traduit le fait que les circuits ne fonctionnent pas tous en même temps. Il diminue à mesure que le nombre de circuits augmente : plus l'installation compte de départs, moins il est probable qu'ils soient tous sollicités ensemble. En pratique, sur une maison, le foisonnement global se situe fréquemment entre 0,5 et 0,8, l'éclairage étant traité avec un coefficient plus faible que les circuits spécialisés.

Attention : certains récepteurs se calculent sans foisonnement, parce qu'ils fonctionnent de façon prévisible et prolongée : le chauffe-eau (souvent asservi), la cuisinière au moment du repas, la climatisation en saison chaude. En climat tropical, appliquer un foisonnement optimiste à la climatisation est l'erreur la plus fréquente et la plus coûteuse.

Puissance foisonnée = Σ (Puissance installée × Ku × Ks)

3. Étape 3 : passer de la puissance au courant

En monophasé 230 V : I = P / (U × cos φ)

En triphasé 400 V : I = P / (√3 × U × cos φ)

Avec cos φ ≈ 1 pour l'éclairage LED et les résistances, et plus faible pour les moteurs et la climatisation.

Exemple : 9 200 W foisonnés en monophasé donnent environ 40 A. Les mêmes 9 200 W en triphasé équilibré donnent environ 13 A par phase — d'où des sections d'alimentation bien plus modestes.

4. Étape 4 : choisir mono ou triphasé

Le monophasé convient jusqu'à une dizaine de kVA. Au-delà, le triphasé devient préférable :

  • courant par phase divisé, donc câble d'alimentation moins cher ;
  • possibilité d'alimenter des moteurs triphasés (pompes, ateliers, ascenseur) ;
  • meilleure répartition des gros récepteurs.

En pratique : au-delà d'environ 12 kVA de puissance foisonnée, orientez le client vers le triphasé. En triphasé, l'équilibrage des phases devient une obligation de conception : répartissez climatiseurs, cuisinière et chauffe-eau sur les trois phases, et ne laissez pas une phase porter tout le confort thermique.

5. Étape 5 : calibre du disjoncteur général et section d'alimentation

Le calibre retenu doit être immédiatement supérieur au courant calculé, dans la gamme normalisée : 16, 20, 25, 32, 40, 50, 63, 80, 100, 125, 160 A.

La section de l'alimentation générale se choisit ensuite en fonction de ce calibre, de la longueur de la liaison, du mode de pose et de la température ambiante. Vérifiez toujours la chute de tension sur la liaison entre le comptage et le tableau : c'est fréquemment elle, et non l'intensité admissible, qui impose la section.

Pensez aussi à la sélectivité verticale : le disjoncteur général doit être suffisamment au-dessus des divisionnaires pour qu'un défaut sur un départ ne fasse pas déclencher la tête. Un général de 25 A au-dessus de plusieurs départs de 20 A est une erreur classique.

6. Exemple chiffré : villa T4 climatisée

Puissances installées :

  • éclairage (32 points LED) : 480 W
  • 4 circuits de prises : 6 400 W
  • 3 climatiseurs (12 000 BTU) : 3 600 W
  • chauffe-eau : 2 000 W
  • cuisinière : 3 500 W
  • lave-linge : 2 200 W
  • pompe : 1 100 W

Total installé : 19 280 W.

Après application des coefficients (foisonnement marqué sur les prises et l'éclairage, foisonnement faible ou nul sur climatisation, chauffe-eau et cuisson), on aboutit à une puissance foisonnée de l'ordre de 11 à 12 kW.

  • En monophasé : ≈ 50 A → disjoncteur général 50 A, section d'alimentation conséquente.
  • En triphasé : ≈ 17 A par phase → général 20 à 25 A, alimentation nettement plus économique.

Conclusion pour ce cas : le triphasé est le choix rationnel, d'autant que la villa comporte une pompe.

7. Ce que le bilan de puissance apporte à votre devis

Un devis qui présente son bilan de puissance change de statut : il démontre que le calibre du disjoncteur, la section de l'alimentation et la puissance d'abonnement proposée sont calculés, pas devinés. C'est l'argument le plus efficace face à un concurrent moins cher mais non justifié.

DeviBTP réalise ce bilan automatiquement à partir des pièces et des équipements saisis : puissance installée, puissance foisonnée, courant, choix mono/tri avec alerte de basculement, calibre du général et schéma unifilaire complet, repris dans le PDF remis au client.

8. Cas pratique express : T4 de 87 m² (refaites-le en 3 minutes)

Voici un bilan complet, chiffré, que vous pouvez reproduire ligne par ligne sur votre propre chantier.

CircuitPu installéeKuKsPu foisonnée
Éclairage (8 points)480 W10,8384 W
Prises 16 A (5 circuits)5 750 W0,50,72 013 W
Cuisson (plaque)4 500 W10,73 150 W
Chauffe-eau 200 L2 400 W112 400 W
Climatiseur 12 000 BTU ×22 600 W10,82 080 W
Lave-linge + lave-vaisselle4 400 W10,52 200 W
Total20 130 W12 227 W

Lecture du résultat, dans l'ordre :

  1. 1Puissance foisonnée ≈ 12,2 kW.
  2. 2Courant en monophasé 230 V : 12 227 / 230 ≈ 53 A → général 63 A, alimentation 16 mm².
  3. 3Courant en triphasé 400 V : 12 227 / (400 × 1,732) ≈ 18 A par phase → général 20 A, alimentation 4 mm².
  4. 4Écart de coût sur la seule alimentation : de l'ordre de 3 à 4 fois moins de cuivre en triphasé.

9. Les erreurs de bilan de puissance les plus fréquentes

Un bilan faux ne se voit pas le jour de la pose : il se voit six mois plus tard, quand le disjoncteur général déclenche chaque fois que le chauffe-eau et la climatisation démarrent ensemble. Voici les fautes rencontrées le plus souvent sur les chantiers.

ErreurConséquenceCorrectif
Additionner les puissances sans coefficientAbonnement surdimensionné, devis trop cherAppliquer Ku puis Ks par tableau
Oublier le foisonnement du chauffageSous-dimensionnement en hiverKu = 1 sur le chauffage, jamais 0,7
Confondre kW et kVAErreur de 10 à 25 % sur le courantDiviser par cos φ (0,85 par défaut)
Ignorer le courant de démarrage des moteursDéclenchements intempestifsCourbe D ou majoration 3 à 5 In
Négliger les futurs usagesReprise complète en 3 ansPrévoir 20 % de réserve et 2 modules libres
Oublier la chute de tension en ligneÉclairage qui faiblit, moteurs qui chauffentVérifier 3 % (éclairage) / 5 % (autres)

10. Bilan de puissance et choix de l'abonnement

Le bilan sert à deux décisions distinctes que l'on confond souvent : le calibre du disjoncteur de branchement (donc l'abonnement souscrit auprès du distributeur) et le dimensionnement interne de l'installation.

Puissance foisonnéeAbonnement type FranceRégimeSection d'alimentation cuivre
≤ 6 kVA6 kVA mono30 A10 mm²
6 – 9 kVA9 kVA mono45 A16 mm²
9 – 12 kVA12 kVA mono60 A25 mm²
12 – 18 kVA12 kVA tri ou 18 kVA30 A/ph10 mm² par phase
18 – 36 kVAtri 36 kVA60 A/ph25 mm² par phase

En Belgique, la logique est la même mais le raccordement standard est en 40 A mono ou 3 × 25 A ; au-delà, le gestionnaire de réseau impose une étude. En zone CEMAC, la puissance souscrite se négocie par tranche auprès du distributeur national, et il est courant de dimensionner l'installation pour une puissance supérieure à l'abonnement, avec délestage.

11. Le délestage : économiser une tranche d'abonnement

Quand la puissance foisonnée dépasse de peu un palier d'abonnement, le délestage évite de passer à la tranche supérieure. Un délesteur coupe momentanément un ou deux circuits non prioritaires (chauffe-eau, sèche-serviettes, convecteur d'appoint) lorsque la consommation approche du seuil.

  • Coût matériel : 90 à 260 € pour un délesteur 2 à 4 voies.
  • Économie : une tranche d'abonnement, soit 60 à 150 €/an selon le pays.
  • Limite : ne jamais délester un circuit de sécurité, un congélateur professionnel, un appareil médical ou une pompe de relevage.

Sur un devis, cette ligne se justifie en une phrase et améliore l'image technique de l'entreprise : vous avez optimisé le coût d'exploitation du client, pas seulement vendu du matériel.

12. Vérifier son bilan en trois contrôles rapides

Avant d'envoyer un devis, trois vérifications suffisent à éliminer 90 % des erreurs :

  1. 1Cohérence du ratio. Un logement se situe entre 55 et 110 VA/m² en puissance foisonnée hors chauffage électrique, et entre 120 et 190 VA/m² avec chauffage électrique. Hors de cette plage, cherchez l'erreur.
  2. 2Cohérence du courant. Divisez la puissance foisonnée en VA par 230 (mono) ou par 400 × 1,732 (tri) : le courant obtenu doit rester sous 80 % du calibre du disjoncteur général.
  3. 3Cohérence du nombre de circuits. Un T4 correctement câblé compte 16 à 24 circuits protégés. En dessous de 12, un poste a été oublié ; au-delà de 30, des circuits ont probablement été dédoublés inutilement.
Le bilan de puissance et les protections, expliqués en vidéo — 1 min

Questions fréquentes

Comment calculer un bilan de puissance simplement ?

Listez chaque circuit avec sa puissance nominale en VA, appliquez un coefficient d'utilisation (Ku) qui traduit l'usage réel de l'appareil, puis un coefficient de simultanéité (Ks) qui traduit le fait que tout ne fonctionne jamais en même temps. La somme obtenue est la puissance foisonnée, à partir de laquelle on déduit le courant d'emploi, le calibre du disjoncteur général et la section d'alimentation. Notre calculateur de bilan de puissance réalise l'opération gratuitement en ligne.

Quelle est la différence entre kW et kVA ?

Le kW mesure la puissance active réellement consommée, le kVA la puissance apparente que le réseau doit fournir. On passe de l'un à l'autre par le facteur de puissance : kVA = kW ÷ cos φ. Avec un cos φ de 0,85, une installation de 8,5 kW appelle 10 kVA. Les abonnements et les disjoncteurs de branchement sont exprimés en kVA : dimensionner en kW conduit à sous-estimer l'installation de 15 % environ.

Quel coefficient de simultanéité utiliser dans un logement ?

En résidentiel, les valeurs usuelles sont 1 pour le chauffage et la cuisson, 0,75 à 0,80 pour les prises de courant, 1 pour l'éclairage d'un petit logement (0,75 au-delà de six circuits), 0,8 pour l'électroménager spécialisé et 1 pour la climatisation en zone tropicale. Ces valeurs s'inspirent du guide UTE C 15-105 et doivent être ajustées au mode de vie réel du client.

Le bilan de puissance est-il obligatoire ?

Il n'est pas un document à remettre systématiquement au client, mais il est indispensable pour justifier le calibre du disjoncteur général, la section de l'alimentation et le nombre de circuits — trois éléments contrôlés lors de la vérification initiale (Consuel en France, organisme agréé en Belgique). En pratique, tout devis sérieux repose sur un bilan, même non imprimé.

Faut-il refaire le bilan quand on ajoute une borne de recharge ?

Oui, systématiquement. Une borne ajoute 3,7 à 22 kVA avec un Ku de 1 pendant plusieurs heures : c'est le poste le plus déstabilisant pour une installation existante. Il faut vérifier l'abonnement, le calibre du général, la section d'alimentation et prévoir un différentiel dédié de type A ou B selon le matériel.

Comment présenter le bilan de puissance au client ?

En une page : la liste des postes, la puissance foisonnée, l'abonnement conseillé, la réserve prévue et, quand c'est pertinent, l'économie annuelle réalisée. DeviBTP intègre automatiquement cette page dans le devis PDF, à votre en-tête, avec le schéma unifilaire correspondant — le premier devis est gratuit et sans carte bancaire.

En résumé

Additionner, foisonner, convertir en courant, choisir le régime, puis calibrer. Quatre opérations, un ordre à respecter — et un abonnement ni surpayé ni sous-dimensionné.

#bilan de puissance#coefficient de simultanéité#foisonnement#UTE C 15-105#disjoncteur général#monophasé triphasé
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Ets Nespadi

Entreprise international de construction BTP. Spécialisée dans la Domotique et maisons connectées. Ayant une longue expérience dans le pesage à l'essieux HS-WIM ; LS-WIM.

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