Coefficients Ks et Ku : bilan de puissance

Guide technique· Ets Nespadi· 13 min de lecture
Coefficients Ks et Ku : bilan de puissance

Un tableau électrique surdimensionné coûte cher et un abonnement sous-dimensionné déclenche à chaque cuisson. Entre les deux, il y a une méthode normée : le bilan de puissance avec les coefficients d'utilisation (Ku) et de simultanéité (Ks) du guide UTE C 15-105. Voici comment la mener de bout en bout, chiffres et tableaux à l'appui.

Additionner les puissances de tous les appareils d''une maison donne un résultat absurde : 30, 40, parfois 60 kVA pour un logement qui n''en consommera jamais plus de 9. Personne n''utilise le four, les plaques, le chauffe-eau, le fer à repasser, la pompe et trois climatiseurs à la même seconde. Le bilan de puissance sert précisément à traduire cette réalité en un chiffre défendable : la puissance foisonnée, celle qui détermine le calibre du disjoncteur général, la section du câble d''alimentation et la puissance à souscrire auprès du distributeur.

1. Les trois coefficients, sans jargon

Le guide pratique UTE C 15-105, complément de la NF C 15-100, fournit les coefficients qui permettent de passer de la puissance installée à la puissance réellement appelée.

CoefficientNomCe qu''il traduitValeurs courantes
KuUtilisationUn appareil tourne rarement à sa puissance nominale0,75 à 1 selon le récepteur
KsSimultanéitéTous les circuits ne fonctionnent pas ensemble0,4 à 1 selon le nombre de circuits
KaExtensionRéserve pour les besoins futurs1,1 à 1,3

Ku s''applique à un récepteur : un moteur de pompe consomme rarement sa puissance de plaque, on retient souvent 0,75. Un éclairage LED ou une résistance de chauffe-eau, en revanche, consomme ce qui est écrit : Ku = 1.

Ks s''applique à un ensemble : un tableau, une armoire, un jeu de barres. Plus il y a de circuits en aval, plus la probabilité qu''ils appellent tous leur maximum en même temps s''effondre.

Ka est une décision de conception, pas une norme : c''est la réserve que l''on garde pour la climatisation qui arrivera dans deux ans, le portail motorisé, la borne de recharge.

2. Les valeurs de Ks à connaître par cœur

Pour les tableaux de répartition, le guide donne un Ks dépendant du nombre de circuits alimentés :

Nombre de circuits en avalKs retenu
2 et 30,9
4 et 50,8
6 à 90,7
10 et plus0,6

Pour les logements collectifs, un second jeu de valeurs s''applique au nombre d''abonnés desservis par une même colonne montante : de 0,78 pour 4 logements jusqu''à des valeurs proches de 0,4 au-delà de 40 logements. C''est la raison pour laquelle une colonne de 20 appartements de 9 kVA n''est jamais dimensionnée pour 180 kVA.

3. Bilan complet d''une villa 4 chambres

Prenons une villa de 140 m², quatre chambres, deux salles de bains, cuisine équipée, deux climatiseurs, un chauffe-eau et une pompe de surpression. Alimentation monophasée 230 V.

CircuitPuissance installéeKuPuissance utilisée
Éclairage (3 circuits LED)900 VA1900 VA
Prises séjour + chambres (4 circuits)4 600 VA0,83 680 VA
Prises cuisine (2 circuits spécialisés)4 600 VA0,83 680 VA
Plaque de cuisson5 750 VA0,84 600 VA
Four2 500 VA0,82 000 VA
Chauffe-eau 200 L3 000 VA13 000 VA
Climatiseur 1 (12 000 BTU)1 500 VA11 500 VA
Climatiseur 2 (9 000 BTU)1 200 VA11 200 VA
Pompe de surpression750 VA0,75563 VA
Portail + divers600 VA0,75450 VA

Puissance installée : 25 400 VA. Puissance utilisée après Ku : 21 573 VA.

Le tableau compte 15 circuits, donc Ks = 0,6 :

21 573 × 0,6 = 12 944 VA

Réserve d''extension Ka = 1,15 (une troisième climatisation prévue) :

12 944 × 1,15 = 14 885 VA ≈ 15 kVA

4. Du bilan au matériel : calibre, section, abonnement

La puissance foisonnée donne un courant d''emploi :

Monophasé 230 V  :  I = S / U        = 14 885 / 230        = 64,7 A
Triphasé 400 V   :  I = S / (U × √3) = 14 885 / (400×1,732) = 21,5 A

D''où les décisions en cascade :

  • Disjoncteur général : calibre normalisé immédiatement supérieur, soit 80 A en monophasé (63 A serait trop juste avec la réserve d''extension).
  • Câble d''alimentation : pour 65 A sous gaine, avec une longueur de 25 m et une chute de tension admissible de 2 %, on retient du 16 mm² cuivre ; en aluminium, 25 mm².
  • Abonnement : la puissance souscrite doit être supérieure ou égale à la puissance foisonnée, sinon le disjoncteur du distributeur déclenchera en pointe de cuisson.
  • Sélectivité : le général doit toujours être d''au moins un cran au-dessus du plus gros départ (un départ 32 A ne se protège pas derrière un général 32 A).
Bilan de puissance : de la puissance installée au calibre du disjoncteur général
Bilan de puissance : de la puissance installée au calibre du disjoncteur général

5. Quand passer en triphasé

Trois signaux imposent le triphasé :

  1. 1Puissance foisonnée supérieure à 12 kVA. Au-delà, le courant monophasé dépasse 52 A : les sections deviennent coûteuses et l''échauffement du tableau devient un vrai sujet.
  2. 2Un récepteur triphasé. Moteur d''atelier, ascenseur, pompe immergée de forage, groupe froid : ils imposent le régime triphasé quelle que soit la puissance totale.
  3. 3Déséquilibre ingérable. Dès qu''on additionne plusieurs climatiseurs et une cuisine complète, la répartition en trois phases équilibrées réduit le courant par conducteur et le coût du câblage.

En triphasé, le bilan se refait par phase. Règle de conception : l''écart de charge entre les phases doit rester inférieur à environ 15 %. On répartit donc les gros récepteurs (chauffe-eau sur L1, plaque sur L2, climatiseurs sur L3) plutôt que de les empiler sur la même phase.

6. Les six erreurs qui reviennent le plus souvent

  • Additionner sans foisonner. Résultat : général à 100 A, câble surdimensionné, abonnement inutilement cher. Le client paye deux fois.
  • Foisonner deux fois. Ks appliqué au divisionnaire puis à nouveau au général : le résultat est sous-évalué de 30 à 40 %.
  • Oublier le chauffe-eau. Il est souvent en heures creuses via contacteur, mais il compte quand même dans le bilan si aucun asservissement ne garantit le décalage.
  • Confondre W et VA. Les moteurs et les climatiseurs ont un facteur de puissance (cos φ) inférieur à 1. Le bilan se conduit en VA, pas en watts : S = P / cos φ.
  • Ignorer la chute de tension. Un câble correct en intensité peut être insuffisant en longueur : 3 % maximum pour l''éclairage, 5 % pour les autres usages, dérivations comprises.
  • Négliger l''extension. Un logement neuf reçoit en moyenne deux à trois récepteurs supplémentaires dans les cinq ans. Ka = 1,15 minimum.

7. Le bilan de puissance dans un devis crédible

Un devis d''installation électrique qui ne montre pas son bilan de puissance est un devis qu''on ne peut ni vérifier ni défendre. Trois éléments suffisent à changer la perception du client :

  1. 1Le tableau puissance installée / Ku / Ks / Ka avec le résultat en kVA.
  2. 2La justification du calibre du général et de la section d''alimentation.
  3. 3La puissance à souscrire, indiquée noir sur blanc, avec la mention monophasé ou triphasé.

C''est exactement ce que DeviBTP produit automatiquement : tu saisis les pièces et les équipements, le logiciel applique les Ku par type de récepteur, le Ks selon le nombre de circuits, la réserve d''extension, puis en déduit le calibre du disjoncteur général, la section du câble d''alimentation et le schéma unifilaire correspondant. Le bilan sort dans le PDF, à côté du montant en lettres et du détail des circuits.

8. Tableau récapitulatif Ku / Ks par type de local

Les coefficients d'utilisation (Ku) et de simultanéité (Ks) ne se devinent pas : ils se déduisent de l'usage réel. Voici les valeurs qui servent 90 % des chantiers, à ajuster selon le mode de vie du client.

UsageKuKsCommentaire
Éclairage LED résidentiel10,75 – 1Ks = 1 si moins de 6 circuits
Prises de courant0,2 – 0,30,75 – 0,8jamais Ku = 1
Plaque de cuisson0,71foisonnement interne des foyers
Four, lave-linge, lave-vaisselle10,8usage décalé
Chauffe-eau accumulation11 (0 si délesté)heures creuses
Chauffage électrique11jamais foisonné
Climatisation (zone tropicale)11démarrages simultanés
Borne de recharge VE11plusieurs heures pleine charge
Bureaux (tertiaire)0,80,7 – 0,8selon effectif
Moteurs / ateliers0,750,6 – 0,8vérifier courant de démarrage

9. Vérifier son bilan en trois contrôles de cohérence

  1. 1Ratio par m². Hors chauffage électrique : 55 à 110 VA/m² foisonnés. Avec chauffage électrique : 120 à 190 VA/m². Hors de la plage, cherchez l'erreur.
  2. 2Courant d'emploi. Puissance foisonnée en VA ÷ 230 (mono) ou ÷ (400 × 1,732) en tri : le résultat doit rester sous 80 % du calibre du général.
  3. 3Nombre de circuits. Un T4 conforme compte 16 à 24 circuits. En dessous de 12, un poste manque ; au-delà de 30, des circuits ont été dédoublés sans raison.

Vérifiez chaque hypothèse avec le calculateur de bilan de puissance, puis les sections avec le calculateur de section de câble.

10. Vendre le bilan de puissance comme un service

Un bilan bien présenté n'est pas une ligne de calcul : c'est un argument commercial chiffré.

  • « Votre abonnement est surdimensionné de 3 kVA : environ 90 € par an de trop. »
  • « Avec un délesteur à 180 €, vous restez sur la tranche inférieure et vous économisez une tranche d'abonnement chaque année. »
  • « J'ai prévu 20 % de réserve et deux modules libres : votre future borne de recharge ne coûtera pas un nouveau tableau. »

Ces trois phrases justifient un devis plus complet que celui du concurrent — et se signent. Créez votre devis gratuitement : DeviBTP intègre la page de bilan, les protections et le schéma unifilaire au PDF, à votre en-tête. Pour les installations pilotées (éclairage scénarisé, volets, KNX), la formation Domotique pratique détaille les câblages et leur chiffrage.

Bilan de puissance et protections expliqués en vidéo — 1 min

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre Ku et Ks ?

Le coefficient d'utilisation Ku traduit le fait qu'un appareil fonctionne rarement à sa puissance maximale : un four de 3 000 W consomme en moyenne moins. Le coefficient de simultanéité Ks traduit le fait que tous les circuits ne fonctionnent jamais ensemble. On applique d'abord Ku par récepteur, puis Ks par groupe de circuits et par tableau.

Quelle valeur de Ks pour les prises de courant ?

En résidentiel, 0,75 à 0,80 après un Ku de 0,2 à 0,3 par prise. Une installation avec 30 prises ne demande pas 30 × 2 300 VA : c'est cette double réduction qui ramène l'installation à une puissance réaliste.

Faut-il foisonner le chauffage électrique ?

Non. Le chauffage fonctionne simultanément sur tous les circuits par grand froid : Ku = 1 et Ks = 1. C'est l'erreur la plus coûteuse d'un bilan, car elle ne se révèle qu'au premier hiver.

Comment convertir kW en kVA ?

Divisez par le facteur de puissance : kVA = kW ÷ cos φ. Avec cos φ = 0,85, une installation de 8,5 kW appelle 10 kVA. Les abonnements et disjoncteurs de branchement s'expriment en kVA : raisonner en kW sous-estime l'installation d'environ 15 %.

À partir de quelle puissance passer en triphasé ?

En France, au-delà de 12 kVA foisonnés, ou dès qu'un récepteur triphasé existe (pompe, moteur, climatisation de forte puissance). Le triphasé impose d'équilibrer les phases : un écart supérieur à 20 % entre phases provoque des déclenchements et des surtensions.

Le bilan de puissance est-il exigé lors du contrôle ?

Le document n'est pas toujours remis, mais ses conclusions le sont : calibre du disjoncteur général, section d'alimentation et nombre de circuits sont vérifiés à la réception (Consuel en France, organisme agréé en Belgique). Un devis sérieux repose toujours sur un bilan, même non imprimé.

11. Cas particuliers : tertiaire, atelier, extension

Les coefficients résidentiels ne se transposent pas tels quels. Trois situations demandent une lecture différente.

Petit tertiaire (bureau, boutique, cabinet). L'éclairage devient le poste dominant et fonctionne en continu : Ku = 1, Ks = 1 sur les heures d'ouverture. La climatisation aussi. Ce sont les prises bureautiques qui se foisonnent (Ks 0,7 à 0,8). Résultat : un bureau de 100 m² dépasse souvent la puissance foisonnée d'une maison de 150 m².

Atelier et moteurs. Le régime permanent trompe : c'est le courant de démarrage qui dimensionne la protection, de 3 à 8 fois le courant nominal. On choisit une courbe D ou un démarreur progressif, et on vérifie la chute de tension au démarrage (creux de tension visible sur l'éclairage).

Extension sur installation existante. Ne recalculez jamais uniquement l'ajout : reprenez le bilan complet, car l'abonnement et le disjoncteur de branchement d'origine ont été dimensionnés sans le nouvel usage. C'est le point qui fait échouer la moitié des ajouts de borne de recharge et de pompe à chaleur.

Ce qu''il faut retenir

Le bilan de puissance tient en une phrase : on ne dimensionne pas sur ce qui est branché, mais sur ce qui fonctionne ensemble. Ku pour chaque récepteur, Ks pour chaque tableau, Ka pour l''avenir. Cinq minutes de méthode évitent des années de surcoût d''abonnement ou de déclenchements en pleine cuisson — et transforment un devis approximatif en document technique défendable.

#coefficient de simultanéité#ks ku électricité#bilan de puissance#ute c 15-105#calibre disjoncteur général#puissance foisonnée
EN

Ets Nespadi

Entreprise international de construction BTP. Spécialisée dans la Domotique et maisons connectées. Ayant une longue expérience dans le pesage à l'essieux HS-WIM ; LS-WIM.

Dimensionnement sans erreur

Calculez votre bilan de puissance et votre section de câble en ligne

Ks, Ku, chute de tension, calibre disjoncteur général : nos calculateurs vérifient vos choix avant le devis.

  • Coefficients Ks/Ku intégrés
  • Alerte chute de tension
  • Intégration au devis
  • Résultat immédiat

Gratuit · sans inscription · résultat immédiat

Aller plus loin

Créer un devis avec le bilan intégré

Saisissez les pièces et laissez DeviBTP calculer le bilan, les protections et le schéma unifilaire dans un PDF professionnel.

À lire ensuite

← Tous les articles